
Pourquoi quitter la micro-entreprise pour créer une EURL ?
À différentes étapes de la vie de votre entreprise, vous aurez de bonnes raisons de quitter le régime de la micro-entreprise pour créer une société, comme l’EURL.
Dépassement des seuils de chiffre d’affaires
En tant que micro-entrepreneur, vous exercez votre activité avec le statut juridique d’entreprise individuelle (EI) placée sous le régime micro.
Lorsque vous dépassez les plafonds de chiffre d’affaires hors taxes (CA HT) de la micro-entreprise pendant 2 années consécutives, vous sortez automatiquement du régime micro pour poursuivre votre activité sous le régime réel en conservant le statut d’EI.
Mais vous pouvez alors préférer créer une société unipersonnelle comme l’EURL ou la SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle).
Rappelons que les seuils de chiffres d’affaires de la micro-entreprise en 2025 sont, selon l’article 50-O du Code général des impôts :
188 700 € pour la vente de marchandises, fournitures de denrées à emporter ou à consommer sur place, fourniture de logements ;
77 700 € pour les autres prestations de services et la location de meublés de tourisme classés ;
15 000 € pour la location de meublés de tourisme non classés.
En cas d’année incomplète, l’appréciation du CA HT s’effectue prorata temporis. Cela signifie que si vous démarrez votre activité en cours d’année, le plafond est ajusté en fonction du nombre de jours travaillés. Par exemple, si vous commencez le 1er octobre, vous aurez droit à un quart du plafond annuel.
Exemple
Un développeur freelance réalise 80 000 € de chiffre d’affaires en 2025 après une année partielle en 2024 (25 000 € depuis la création le 8 octobre 2024, soit 100 000 € en équivalent d’une année complète). Il sortira automatiquement du régime micro le 1er janvier 2026. Créer une EURL peut être alors une excellente option.
Besoin de séparer patrimoine personnel et professionnel
Ce besoin est moins fort depuis la réforme de l’entreprise individuelle. En effet, l’article L 526-22 du Code de commerce crée une distinction automatique entre le patrimoine professionnel et le patrimoine personnel.
Tous les biens, droits, obligations et sûretés utiles à l’activité professionnelle indépendante constituent le patrimoine professionnel.
Si la plupart des créanciers devront limiter leurs poursuites à ce patrimoine professionnel, notez que les services fiscaux et l’Urssaf peuvent sous conditions poursuivre également sur le patrimoine personnel (notamment en cas de fraude).
La création d’une EURL permet de distinguer sans ambiguïté le patrimoine de la société de celui de son associé unique. La responsabilité limitée aux apports garantit la sécurité du patrimoine personnel de l’associé.
Bon à savoir
Dans tous les cas, en cas de prêt bancaire professionnel notamment, la caution personnelle de l’entrepreneur sera souvent requise, que ce soit en micro-entreprise ou en EURL.
Volonté de changer de régime fiscal ou social
Le passage de la micro-entreprise vers l’EURL permet :
d’opter pour l’impôt sur les sociétés (IS) ou de rester à l’impôt sur le revenu (IR) ;
d’avoir une comptabilité complète avec déduction réelle des charges ;
d’optimiser la rémunération du gérant associé unique, sur le plan fiscal.
Ces raisons fiscales et sociales conduisent souvent à des changements de statut.
L’imposition de l’EURL à l’IS peut s'avérer plus intéressante si votre taux d’imposition au titre de l’impôt sur le revenu (IR) est élevé. En effet, le taux d’imposition d’IS est de 25 %, voire 15 % pour un résultat imposable inférieur à 42 500 euros. A comparer avec les plus hautes tranches du barème progressif de l’IR à 30 %, 41 % et 45 % des revenus.
🧮Calculez le résultat réel en déduisant toutes les charges de l’entreprise. Effectuez deux calculs :
bénéfice imposable à l’IS ;
chiffre d’affaires imposable après abattement forfaitaire à l’IR.
Bref, dans ce cas, sortez la calculatrice avant de passer de micro-entreprise au statut EURL.
Préparer une évolution future (embauche, associés, etc.)
La micro-entreprise atteint vite ses limites en matière de développement de l’activité :
❌l’embauche est peu opportune, car les charges ne sont pas déductibles ;
❌les partenaires ou les banques peuvent se montrer réticents à accorder leur confiance à une micro-entreprise.
Créer une EURL, avec un capital social, une structure juridique propre et une responsabilité limitée aux apports, est un élément de réassurance.
En outre, vous pouvez confier la gérance à un tiers tout en demeurant l’associé unique ! C’est donc une situation idéale si vous souhaitez vous mettre en retrait de l’activité opérationnelle de votre entreprise.
Toutefois, vous restez seul ! Si vous envisagez de vous associer, il faudra alors transformer votre EURL en SARL, voire créer directement une SARL avec un associé non opérationnel. Peut-être est-il alors préférable d’opter dès maintenant pour passer de la micro-entreprise à la SASU ? Cela ouvre les portes à la transformation en SAS, statut préféré des investisseurs.

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Micro-entreprise vs EURL : quelles différences ?
Les différences entre une micro-entreprise et une EURL sont nombreuses sur les plans juridique, comptable, fiscal et social. Un choix à faire en ayant assimilé tous les points clés du nouveau statut.
Micro-entreprise |
EURL |
|
---|---|---|
Juridique |
Pas de personnalité juridique distincte de l’entrepreneur |
Société dotée d’une personnalité morale |
Comptable |
Comptabilité de trésorerie limitée aux encaissements et aux décaissements |
Comptabilité d’engagement en double partie avec clôture en fin d’exercice |
Fiscal |
Imposition à l’IR après abattement forfaitaire sur le CA HT et possibilité sous conditions d’un versement libératoire |
Imposition à l’IR Option pour l’IS avec déclaration annuelle de résultat (bilan, compte de résultat et annexes) |
Social |
Régime des TNS avec paiement des cotisations sociales sur le CA HT encaissé |
Régime des TNS avec paiement des cotisations sociales sur le bénéfice (EURL à l’IR) ou sur la rémunération et une partie des dividendes (EURL à l’IS) si l’associé unique est le gérant. |
Différences juridiques
Le micro-entrepreneur est un entrepreneur individuel qui exerce son activité en son nom propre. Il ne crée pas de nouvelle personnalité juridique pour son activité indépendante.
A l’inverse, l’EURL est une société, la version unipersonnelle de la SARL (société à responsabilité limitée). L’EURL bénéficie donc dès sa création de la personnalité juridique, d’un patrimoine propre.
Elle relève également de toutes les règles des sociétés commerciales. Créer une EURL nécessite donc de :
rédiger les statuts ;
effectuer un dépôt du capital social d’1€ minimum ;
ouvrir un compte bancaire professionnel à son nom.
Différences comptables et fiscales
La micro-entreprise est le régime de la simplicité comptable : pas de véritable comptabilité d’entreprise, pas de bilan, ni de déclaration en fin d’exercice.
L’EURL obéit aux obligations comptables d’une société :
tenue d’une comptabilité complète avec bilan, compte de résultat et annexes,
tenue des livres comptables avec enregistrement de chaque opération par ordre chronologique ;
réalisation d’un inventaire annuel.
En contrepartie, passer à l’EURL permet de déduire les charges réelles de l’entreprise du résultat imposable !
Notez toutefois que les EURL à l’IR peuvent adopter une comptabilité de trésorerie et non une comptabilité d’engagement si elles réalisent un CA HT inférieur à :
254 000 € pour des prestations de services ;
840 000 € pour des ventes de marchandises.
Bon à savoir
Depuis la loi Sapin 2, l’EURL dont l’associé unique est une personne physique et le gérant peut bénéficier du régime de la micro-entreprise. Par conséquent, des obligations comptables simplifiées.
Différences sociales
En tant que micro-entrepreneur, vous relèvez du régime des indépendants ou travailleurs non salariés (TNS).
Toutefois, vous bénéficiez du régime micro-social. Vos cotisations sociales se calculent directement sur le CA HT. La protection sociale est assurée par la Sécurité sociale des indépendants (SSI) qui relève désormais du régime général de la Sécurité sociale. En l’absence de chiffre d’affaires, pas de cotisations sociales à verser !
En tant qu’associé unique d’une EURL, tout dépend si vous êtes également le gérant de la société :
si vous êtes associé unique et gérant de l’EURL (cas le plus fréquent) : vous êtes TNS et les cotisations sociales sont calculées sur :
votre bénéfice professionnel si la société relève des sociétés de personnes (IR) ;
votre rémunération et une partie des dividendes si la société relève de l’IS (fraction des dividendes supérieure à 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant).
si vous êtes associé unique sans être gérant :
vous relevez des TNS si vous exercez une activité rémunérée ou non dans l’entreprise ;
le gérant relève du régime assimilé salarié pour son mandat qu’il peut cumuler avec un contrat de travail sous conditions.
Bon à savoir
Si l’EURL adopte le régime de la micro-entreprise, vos cotisations sociales se calculent sur la base du montant du CA HT encaissé.
Peut-on transformer une micro-entreprise en EURL ?
Non ! Vous ne transformez pas une micro-entreprise en EURL directement. Pour passer d’une micro-entreprise vers une EURL, vous créez une nouvelle société, apportez l’activité et fermez la micro-entreprise.
Quelles sont les étapes pour passer de micro-entreprise à EURL ?
Étape 1 : Rédiger les statuts de l’EURL
Les statuts doivent prévoir les règles de fonctionnement de l’entreprise, notamment :
la possibilité de nommer un gérant extérieur et les modalités de sa nomination ;
l’option fiscale retenue (IR ou IS) ;
la transformation de l’EURL en SARL si un nouvel associé se joint à vous.
Étape 2 : Déposer le capital social
Le dépôt s’effectue sur un compte bancaire bloqué. Le montant est libre (1 € minimum), mais un capital plus élevé est conseillé pour asseoir la crédibilité de l’entreprise.
Les apports en numéraire doivent être de 20 % au minimum lors de la création de l’EURL. Le solde du capital social sera à verser dans les 5 ans.
Bon à savoir
C’est le moment idéal pour prévoir l’ouverture d’un compte pro au nom de la société, une démarche obligatoire !

À partir de 8 €/mois, sans engagement.
Étape 3 : Publier une annonce légale
Obligatoire, cette publication informe les tiers de la création de l’EURL. Elle se réalise dans un journal d’annonces légales (JAL) habilité du département.
Étape 4 : Immatriculer l’EURL via le guichet unique
Rendez-vous sur le site du guichet unique des entreprises pour finaliser l’immatriculation de l’EURL. Une fois validée, le guichet unique adresse les éléments à chaque organisme concerné. Vous recevez alors des messages du service des impôts des entreprises (SIE) ou de l’INSEE.
L’état de la procédure est centralisée au sein du guichet unique, sur lequel vous procéderez également aux modifications de l’EURL.
Étape 5 : Transférer le fonds de commerce vers l’EURL
Le fonds de commerce de la micro-entreprise représente l’activité de l’entrepreneur. Pour le transférer à la nouvelle EURL, deux options sont possibles :
un apport en nature au capital de l’EURL (mais cela impose parfois un commissaire aux apports) ;
une cession du fonds de commerce à l’EURL après son immatriculation (mais cela nécessite un acte de cession).
Bon à savoir
Ces opérations peuvent avoir des implications fiscales : droits d’enregistrement, TVA, etc.
Étape 6 : Radier sa micro-entreprise
Après le transfert de l’activité à l’EURL, vous pouvez enfin clôturer la micro-entreprise.
Cette fermeture nécessite une déclaration de cessation d’activité auprès du guichet unique, en ligne.
Vous effectuez une ultime déclaration de chiffre d’affaires, ainsi qu’une déclaration fiscale (sauf en cas de versement libératoire de l’IR). Cette déclaration fiscale est à réaliser dans les 60 jours pour reporter le montant du chiffre d’affaires imposable.
Quels sont les impacts fiscaux et sociaux à anticiper pour passer en EURL ?
Régime fiscal de l’EURL
L’EURL est par défaut au régime des sociétés de personnes, donc les bénéfices sont imposés au titre de l’IR dans votre patrimoine, en qualité d’associé unique. En cas de déficit, celui-ci est imputé sur votre revenu global.
Sur option, vous pouvez adopter le régime de l’IS et payer 15 % sur le revenu imposable jusqu’à 42 500 € de bénéfices, et 25 % pour les bénéfices au-delà de 42 500 €.
Votre rémunération en tant que gérant constitue une charge déductible. L’IS devient obligatoire si l’associé unique de l’EURL est une personne morale.
L’EURL peut aussi opter pour le régime micro-fiscal comme en micro-entreprise !
Cotisations sociales EURL
En tant que gérant associé unique d’EURL, vous êtes affilié au régime des TNS :
L’EURL paie des cotisations sociales sur vos revenus professionnels et peut les déduire de son résultat imposable.
La protection sociale est plus limitée (pas de droit aux allocations de retour à l’emploi notamment).
Combien coûte le passage de la micro-entreprise à l'EURL ?
Vous devez prévoir des frais d’immatriculation obligatoires, autour de 200 € (greffe) et autour de 150 € pour la publication dans un JAL.
C’est le coût minimum pour créer une EURL.
Prévoyez également des frais de notaire en cas d’apport du fonds de commerce pour la rédaction des actes afférents (au minimum 500 €).
Un professionnel peut également vous accompagner dans la rédaction des statuts de l’EURL, que ce soit un notaire, un avocat ou une société de LegalTech. Le coût varie de 200 à 2500 € environ selon la complexité du dossier.
Enfin, ajoutez les frais de gestion récurrents : comptabilité, établissement des comptes annuels, etc.
Bon à savoir
Avant de transformer votre micro-entreprise en EURL, élaborez un prévisionnel réaliste et anticipez les futures charges de l’EURL !
Peut-on cumuler une micro-entreprise et une EURL ?
Vous ne pouvez pas cumuler le statut d’auto-entrepreneur et de gérant associé d’une EURL. Pour cumuler les deux rôles, il faudrait être gérant non associé d’une EURL pour avoir un statut d’assimilé-salarié et non pas de travailleur non-salarié (TNS).
Cette impossibilité de cumuler micro-entreprise et EURL vaut même si les activités exercées sont différentes.
Préparer sa transition de micro-entreprise à EURL avec un business plan structuré
Lorsque vous passez de la micro-entreprise à l’EURL, la structuration financière et juridique de votre activité change sensiblement : nouvelles obligations comptables, imposition différente, prévision de rémunération et de charges sociales, etc. Avant de passer en EURL, il est important de mesurer l’impact sur votre rentabilité et vos besoins de trésorerie.
Un business plan complet vous permet de :
comparer votre situation actuelle de micro-entrepreneur avec vos prévisions en EURL ;
intégrer les nouvelles charges (IS, cotisations, comptabilité) dans vos calculs ;
évaluer si votre chiffre d’affaires couvre vos besoins et les investissements envisagés ;
anticiper les besoins de financement éventuels.
L’outil de business plan en ligne Propulse by CA peut vous aider à construire ce document facilement. Vous renseignez vos données actuelles et vos hypothèses en EURL : chiffre d’affaires, charges fixes, investissements prévus, rémunération souhaitée. L’outil calcule automatiquement le compte de résultat prévisionnel, le plan de trésorerie et les principaux indicateurs financiers, en tenant compte du changement de statut.
Exemple
Un photographe en micro-entreprise qui prévoit de dépasser le plafond de chiffre d’affaires peut, via Propulse by CA, simuler le passage en EURL. En quelques étapes, il visualise l’évolution de ses marges, l’impact de l’impôt sur les sociétés et la trésorerie disponible pour investir dans du nouveau matériel. Ce travail préparatoire lui permet de présenter un dossier clair à sa banque et de décider du moment le plus opportun pour changer de statut.

Créez un business plan convaincant en quelques clics et réutilisez-le partout. Si vous avez des questions, un coach vous accompagne.